Une
histoire étonnante que celle de cette cohabitation forcée
: La topographie des lieux interdisait tout mouvement de résistance
armée. Les soldats ne craignaient pas les embuscades, et les
habitants n’avaient à redouter ni représailles,
ni prises d’otage.
Les militaires, heureux pour la plupart, d’échapper au
combat sur le front de l’Est, essayaient d’entretenir de
bons rapports avec la population, et savaient parfois fermer les yeux.
Il y avait aussi quelques Nazis fanatiques, et une police politique,
qui ne cédait en rien à la Gestapo. Et puis les ordres
de Berlin, qu’il fallait bon gré mal gré exécuter
: les lois anti-juives, les ordres de déportation. Hitler avait
décidé personnellement de faire de ces îles d’imprenables
forteresses. Alors s’ouvrirent de gigantesques chantiers, sur
lesquels travaillaient des prisonniers, Russes et Espagnols pour la
plupart, traités comme des esclaves par leurs geôliers,
SS et gardes de l’organisation Todt. Dans l’île d’
Aurigny, désertée de ses habitants, le camp de concentration
de Sylt. Beaucoup de militaires allemands en ignoraient l’existence,
ou ne cherchaient pas trop à savoir ce qui s’y passait.
Il y eut des drames, des actes d’héroïsme de la part
de gens ordinaires, qui, en portant assistance aux prisonniers évadés,
ne risquaient pas moins que la déportation, mais aussi des anecdotes
plus souriantes, comme celle de ce militaire Allemand qui, las de la
propagande officielle, voulait écouter la BBC, et fournissait
en écouteurs un Jersiais, constructeur clandestin de postes à
galène…
Cohabitation forcée, souvent pénible, où soldats
allemands et habitants ont partagé les mêmes épreuves.
On a écrit tout et son contraire sur l’occupation des îles
de la Manche. En faisant largement appel aux survivants, l’auteur
a voulu établir non pas la vérité historique absolue,
que l’on ne peut pas atteindre, mais la vérité des
Iliens et de leurs occupants, ce qu’ils ont perçu des évènements,
ce qu’ils ont vécu et ressenti,. Les plus âgés
d’entre nous trouveront dans les récits des habitants des
îles de grandes similitudes avec leurs propres souvenirs.
Vivre avec l'ennemi rend aussi hommage aux Justes, aux Iliens
qui au péril de leur vie, ont refusé la barbarie nazie,
et aussi à certains militaires allemands qui se sont distingués
par leur humanité et leur sens de l’honneur. Le livre a
été publié pour la première fois en 1995.
Il ne serait plus possible de l’écrire aujourd’hui,
car la plupart des témoins qui ont accepté de faire partager
leurs souvenirs ne sont plus. C’est ce qui rend la contribution
de Roy McLoughlin irremplaçable.