Si nous n’avons pas la certitude de n’être jamais replongés dans un conflit mondial, aucune guerre aérienne ne se fera dans de semblables conditions, mettant en œuvre une telle quantité d’avions et un nombre aussi élevé de combattants. Aujourd’hui, une énorme puissance de feu est obtenue avec relativement peu d’avions, des appareils dont de coût est sans commune mesure avec celui des avions de la seconde guerre mondiale. Ces monstres de technologie ont du reste une durée de vie très élevée (25 ans et plus) mais sont plusieurs fois modernisés au cours de leur carrière. De par leur complexité, ils exigent du personnel une formation particulièrement longue et coûteuse, tant chez les pilotes que
pour le personnel au sol. Le bombardier lourd, avec son équipage d’une dizaine d’hommes, semble condamné à moyen terme. Né avec la deuxième guerre mondiale, il devient vecteur de l’arme atomique pendant la guerre froide, et disparaît pratiquement à la fin de la guerre du Vietnam. Même si occasionnellement, les Américains font appel aux B-52 comme on l’a vu pendant la guerre du Golfe, en Afghanistan ou en Irak, le bombardier lourd est plus utilisé comme plate-forme de lancement de missiles que dans son rôle traditionnel. Cet appareil est manifestement est le dernier survivant de son espèce. L’USAF n’envisage aucun programme de remplacement, et a pris des dispositions pour prolonger la vie opérationnelle de ses B-52 pour les vingt ans à venir. Plus jamais nous ne verrons ces vagues de plusieurs centaines de quadrimoteurs, volant en formation serrée pour assurer leur protection. Et plus jamais nous ne verrons ces citoyen-soldats, devenus pilotes pour la circonstance, qui, une fois la guerre terminée, retournent à la vie civile pour reprendre soit leurs études, soit leur ancien métier. Aucun d’eux n’a oublié, mais rares sont ceux qui se glorifient de cette période héroïque. Il est même assez difficile de les sortir de l’anonymat et le les amener à évoquer leurs souvenirs. Ce sont bien souvent leurs enfants ou des tiers, qui les persuadent de témoigner.
Ph. Rouyer, 2004